Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 26 octobre 2008

Lalo, tango et fachos

Il y a souvent dans la vie des choses que rien ne semble relier, de prime abord.
Samedi soir, j’étais invitée au Chat Noir, à Carouge, pour un concert de Lalo Zanelli et de son groupe Ombu. Lalo a pris un jour un « Ida Solo », allez simple, Buenos Aires– Paris. L’argentine vivait alors dans la terreur instaurée par le fascisme des colonels. Fabuleux concert, bien entendu, dans le cadre du festival JazzContreBand. J’ai papoté un peu avec Lalo, qui s’est quasi excusé, avec son charmant accent, de ne pas avoir terminé l’enregistrement de l’album de son groupe. Bref, des rencontres que l’ambiance extraordinaire du Chat Noir permet. Et puis, samedi matin, la tête encore pleine de la musique de Lalo et le nez en l’air, j’ai sacrifié au rituel obligatoire du remplissage de frigo consistant à aller à la Migros de mon coin. J’attendais tranquillement mon bus, en compagnie d’une dame, quand un jeune homme vêtu de noir et casquetté a traversé en courant la route, feutre à la main, a griffonné rapidement quelque chose sur la glissière qui borde la voie de chemin de fer, et est reparti aussi vite qu’il était venu, l’air triomphant, pendant que deux de ses potes rigolaient de l’autre côté. Je venais de les croiser à l’intérieur du magasin, et j’avais pensé que ces trois- là n’avaient sans doute pas dormi de la nuit. La femme s’est levée pour aller lire ce que le génie littéraire du jeune homme avait déposé, et voilà qu’elle commence à le prendre à parti : ce n’est pas malin, qu’elle lui crie. L’autre rigole. Je vais voir à mon tour : MORT AUX FACHOS. Un peu dubitative, je crie pour demander la définition du mot facho. Et là débute un dialogue crié, de part et d’autre la rue. Le garçon, très poli, me parle de son grand-père espagnol, qui a fait la guerre d’Espagne, des milliers de morts, de Franco, du respect du passé. Je rétorque que Franco est mort. J’apprends que nous sommes gouvernés, partout, par des fascistes.
- Dis-moi, tu vas voter, toi ?
- Non, ça ne sert à rien, et voter pour qui ? Droite, gauche, tous des pourris !
- Je ne peux pas vraiment te donner tort.
- Moi, je m’en fou, je squatte, et je profite, mais on nous jette dehors, sales fachos !
- Mais, regarde, si tu étais aller voter contre Zappelli, peut-être que les squats n’auraient pas été évacués !
Ils ont prit l’ascenseur pour monter au parking, et là –haut, un de ses copains a braillé stupidement : VOTEZ SARKOZY !!
J’aimerais bien retrouver ce jeune –homme, parler avec lui de sa hargne, de sa révolte qui est de son âge, je crois, et lui dire que je sais qu’il ne faut plus jamais laisser le fascisme revenir, pour Lalo, pour tant de disparus, pour les grands-pères espagnols de jeunes vivants ici, en mémoire de mes oncles, résistants italiens pendant la dernière guerre mondiale. Et par-dessus tout, j’aimerais lui dire que nous avons le privilège de vivre en démocratie, et que lui, moi, nous, décidons de ce que demain sera fait, qu’il ne faut pas baisser les bras, qu'il faut voter, élire, et agir avec discernement, sans barbouillages inutiles et provocateurs sur des glissières au bord de la route.
.

09:53 Publié dans humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.